Ammari Touria

Ammari Touria

portraitTouria Ammari was born in 1964 in Marrakech, Morocco and was raised in France. She is now a Canadian citizen. She is an interior designer and an artist. Since 90s, she has been travelling intensively all over the world and has lived in various countries such as United States, Colombia, Canada, China, Russia, Japan and now Taiwan. She consders the world as a laboratory and her creativity is in perpetual moves.

Statement

My paintings, abstract in appearance, are based on a foundation that falls somewhere between matter and texture, rhythm and reflection. I strive to instil the canvass with the harmony of personal emotion and universal resonances in order to give the work an almost tangible meaning. Indeed, the canvas is tangible: I stroke, pound, scratch and polish it until it becomes a clean meaningful surface.

This work, which stems from the tenous link between hand and spirit that transcends and surpasses me, transforms the obscure whiteness of the canvass giving it a mysterious light that innervates the spirit – a spirit that would liberate the brightness of my obsessions and dreams. For whatever it’s worth, this brightness and these works are as much a fragment of your dreams as mine: see here what will please you and in so doing nourish my dreamlike expression.

Instagram: www.instagram.com/ammaritouria

Selected works

1964年モロッコ・マラケシュ生まれ、フランス育ち。現在カナダ国籍を持ち、インテリアデザイナーそしてアーティストとして活躍中。90年代以降、アメリカ、コロンビア、カナダ、中国、ロシア、日本と拠点を移し、現在は台湾在住であるが、その他積極的に世界各地を旅している。世界中を探求の場と考える姿勢が独創力の源泉となり、様々な作品を生み出している。

ステートメント

私の作品は、抽象的な印象だが、特に素材と質感、リズムと反映を基礎に描いている。現在の私の個人的な感情と普遍的な調和の形をカンヴァスの上で共鳴させ、作品に明確で具体的な方向性を示している。イメージする美しいフォームが完成するまで、撫でる、叩く、引っ掻く、磨くを繰り返し、カンヴァス上のぼやけた白色を人々の魂を刺激する神秘的な光へと変えるのだ。この新しい光、私の夢であるこれらの作品との出会いによって、観覧者の心の中に新しい夢の欠片が生まれることを願っている。

An article about Touria Ammari by Anh Le Thanh (in French)

Des archives de presse russes. Agencées, ordonnées de façon équilibrée. Encadrées par une patine rouge, travaillée, comme un magma. Et au milieu une photo d’un Blackberry, dont l’écran affiche une date, 1918. Improbable représentation moderne au centre de ce tableau évoquant le passé. Et cependant, comme en connexion directe avec ce dernier, par cet mms qui semble avoir été envoyé au moment de la première guerre mondiale et de la guerre civile russe. Une mise en garde pour la jeunesse d’aujourd’hui: en période de trouble l’anomie n’est pas loin.

Objet “futile” prisé par le milieu de la finance, le Blackberry, placé comme une “provocation” au milieu du tableau, se voit “substitué” par la “matérialité organique” qui l’entoure, porteuse des émotions générées par le collage. On peut y voir le geste ironique d’une artiste post-moderne, qui prend le contre-pied d’une tendance numérique dans l’art, en utilisant des techniques traditionnelles. Comme une manière d’exprimer la “lutte des artistes de l’ombre face aux artistes de l’éphémère”.

Graphique et organique. Esthétique et engagé. Actualité et mémoire. Moderne et contemporain. Postmoderne.

Le passé et le présent entremêlés. C’est ce qui caractérise l’art de Touria Ammari. De la technique à la composition, en passant par son message et son engagement.

Hybridation de techniques, qui s’explique par le double enseignement qui nourrit son travail: celui de l’art contemporain enseigné au centre d’Arts plastiques et visuels de Lille, notamment par son ancien professeur Hubert Duquesnoy, ainsi que celui des techniques de restauration du patrimoine, appris avec les soeurs de l’Opus Dei à Bogota, en Colombie. Telle une restauratrice, Touria peint avec frénésie, gratte, ponce ses toiles, à la recherche d’une technique, et par sa composition géométrique, amène une harmonie à ce qui pourrait s’apparenter à du chaos. Ces toiles, qui se présentent comme un carnet de voyage, sont une invitation à la découverte de nouveaux territoires. En effet, ces carnets de voyages sont, pour Hubert Duquesnoy, une “quête”, “un conflit entre le sensible et la raison”, et donc entre art moderne et art contemporain, pour un ancrage qui se veut postmoderne.

Gilles Deleuze est une inspiration pour l’artiste. Au fur et à mesure qu’elle déconstruit son matériau, qui s’avère souvent être un objet d’antiquité choisi avec respect, sans fétichisme, Touria le reconstruit par le nouvel agencement qu’elle y apporte, souvent avec ironie, en y apposant un énoncé qui contextualise l’objet, lui donnant un nouveau récit,  “une nouvelle vie”. Elle y met sa subjectivité sans complexe, dans un processus “de l’esprit à la main”, faisant de son art un acte de résistance. Touria peut être décrite comme une artiste contestataire dans l’art contemporain, par sa peinture, expression d’une recherche de savoir-faire, d’authenticité, et d’un travail solitaire, expression de son intériorité.

Le passé et le présent, dans une recherche qui se veut avant-gardiste, mais également pour véhiculer un message de contre-information. L’artiste réintroduit le passé pour avertir le présent et les jeunes notamment contre un avenir sombre. C’est que Touria peint  comme elle aurait aimé écrire: sur des sujets qui l’animent, et avec poésie. Utilise Voltaire, Montesquieu. Ou encore Molière, avec ce Tartuffe, illustré par un personnage japonais, qui tient maladroitement sa ceinture, de peur de se retrouver nu face au spectateur. L’obi est un élément d’autant plus pertinent que cette ceinture implique une posture, un maintien, un contrôle de la respiration abdominale. Elle ne se ferme qu’en se nouant, et un geste mal accompli peut ne pas la faire tenir. Comme si la vérité peut la dénouer. La vérité est présente par le bleu de la toile, sa couleur symbole, alors que des lignes blanches s’opposent, le public étant ainsi renvoyé à un mur. “On a tout à portée de main, mais on ne l’utilise pas”, affirme-t-elle. “Il faut juste se replonger dans les textes des philosophes.”

Cette recherche de poésie illustre une autre inspiration qui guide le travail de Touria, davantage philosophique: le wabi-sabi, un concept esthétique inspiré du bouddhisme zen, qui vise à trouver dans les choses imparfaites une beauté. Le wabi, comme magma organique de matière dans lequel se crée un nouvel agencement, une recherche afin de véhiculer une émotion. Le sabi comme résultat de ce travail, par des compositions géométriques simples. Un résultat qui magnifie en même temps l’objet ou l’archive antique, la toile. Le sabi par la manière dont Touria travaille et ponce ses toiles, à la recherche d’un effet de patine. “On ne voit plus que c’est un collage”, note-t-elle pour beaucoup d’entre elles. Cette patine permet de réunifier “par la matière” les “aquarelles, la matière, la fragmentation, les choses cloisonnées”, et donc de concilier “la contradiction entre la composition géométrique et la matière organique”, ainsi que le souligne Hubert Duquesnoy. Avant d’ajouter: “un tableau n’existe que par quelque chose de repérable. L’histoire se raconte ici dans le magma”. Une belle interprétation du travail de l’artiste pour qui “l’art est un baume pour les yeux”.