Baptiste Tavernier

Baptiste Tavernier

baptiste tavernier

Baptiste Tavernier, born 1981 in Vaison-la-Romaine, pursues a creative path that has led him from experimental music to contemporary art through the martial arts of Japan.

Tavernier studied digital arts and musical composition at Paris University. He changed path in 2006 and decided to join the prestigious Martial Arts University in Chiba, Japan, where he trained for ten years in modern Budo and several traditional martial styles. In 2010, he began to merge his various influences and has developed since a unique pictorial aesthetic mixing labyrinths, cartography and portraits. His works often blend modern (digital painting, body painting) and traditional techniques influenced by Asian arts. Baptiste Tavernier has exhibited internationally since 2014, mainly in Tokyo, Taipei, Hong Kong, and in the United States.

art curator japan

タヴェルニエ・バティスト、画家。1981年フランス生まれ。元々実験音楽の作曲家であったが、日本における武道の経験を経て、画家としての道を歩み始めた。 タヴェルニエは、パリ大学大学院でデジタルアートと作曲を学び、在学中には、複数の前衛音楽のプロジェクトに参加した。 彼の作品は、主として「迷路」「迷宮」をテーマとしており、2014年より北米、ヨーロッパ、アジア各地で展覧会を開催している。

「迷路・迷宮は、我々人間の存在と類似している。それらは、限りある時間/空間の中で、無限とも言える複雑に絡み合った道の集合体である。我々は人生の道を、曲がり、戻り、交差し、行き止まりにぶつかったりしながら歩んでいる。広々とした道もあれば、過酷な道もあり、そこで過ちを犯すのが人間である。自らの選択次第で広がる試練や苦難の道。そこには悪意が待ち受け、旅を終わらせる可能性もある。数多の線と人生が浸透し合うとき、迷路は我々個個人の青写真となる。」

Baptiste Tavernier
"NYC 33 Years After Trump". Mixed media ; 94 x 133 cm ; 2017
baptiste tavernier
"Derelict / Black i-70100". Mixed media on canvas, 70 x 100 cm, 2018
Baptiste Tavernier
"Derelict / Black i-602". Mixed media on canvas, 60 x 60 cm, 2017.
baptiste tavernier
"Derelict / Black ro-602". Mixed media on canvas, 60 x 60 cm, 2017

Statement

The labyrinth has served throughout centuries as a symbol marking the centre of the world, as a metaphor for the human life or as a representation of the city. Rome, Troy, Jerusalem, Arab cities’ souks, Paris and her Catacombs… I continue this tradition and build upon it. However, although the myths that depict the labyrinth generally refer to long-lost civilisations, I prefer to portray our modern world as I see it. Mazes and labyrinths are constructs that parallel our existences. They are complex tangles of almost an infinity of trajectories, in a finite time/space frame. To err is human: bends and reversals, crosses and dead-ends, large arteries or oppressive corridors… It is a path of ordeals and hardships that unfurls according to our choices and decisions. It is also a place where evil lurks and can terminate the journey at any turn. When lines and life interpenetrate, the maze becomes the blueprint of an individuality.

During medieval times, the labyrinth had a unique centre, which symbolised the place where one would achieve enlightenment after the trials faced on the way in. Once enlightened, the pilgrim would find his way back out of the labyrinth on a serene path towards god. The whole figure was guiding one’s life and faith from birth to death. Now, I generally set multiple centres in my compositions since modern human existence has gained new and simultaneous alternative realities through the Internet and social networks. Life experience has grown more complex than ever and each of its iterations connects to the others on different levels through a variety of digital synapses. The different centres in my mazes are there to give us the hope that we can attain enlightenment on each and every plane of our existence.

baptiste tavernier
"Infinity Girl ha-GWBK". Giclée, photograph and acrylic on canvas, 117 x 117cm, 2018.
baptiste tavernier
"Infinity Girl ro-GWBK". Giclée, photograph and acrylic on canvas, 117 x 117cm, 2018.
baptiste tavernier
"Infinity Girl i-GWBK". Giclée, photograph and acrylic on canvas, 117 x 117cm, 2018.
baptiste tavernier
"Infinity Girl ni-GWBK". Giclée, photograph and acrylic on canvas, 117 x 117cm, 2018.

La Recherche du Lointain

Par Marie PARRA ALEDO.

Marie Parra Aledo, née en 1955. Journaliste artistique (1978-86). Organisatrice d’expositions d’art japonais en France (1981-2010). Professeur de langue et civilisation japonaises (1989-2008). Docteur en langue et civilisation japonaises (2006). Auteur d’études sur l’art. Traductrice du japonais vers le français et l’espagnol.

 

BAPTISTE TAVERNIER, L’ART DES LABYRINTHES

Tourner, retourner, suivre

Les labyrinthes imaginaires de Baptiste Tavernier me rappellent instantanément un propos exprimé dans un contexte étranger au monde des arts par une femme politique d’exception, et plusieurs formes artistiques dont une, notamment, propre aux Aborigènes, premiers habitants de l’Australie qui firent connaître leur art en même temps que leurs riches traditions, lorsque ceux-ci acquirent le statut de citoyens australiens.

Les peintures de Ronnie Tjampitjinpa nous initièrent aux arts des Aborigènes dans les années 1970. Guidés par leurs rêves, ceux-ci peignent sur divers supports, parfois éphémères, le tracé sinueux et labyrinthique des chemins parcourus par leurs ancêtres afin d’en transmettre la connaissance. Ces mêmes peintures parlent des sources de leurs forces spirituelles :

Les mythes liés aux grands-ancêtres du Temps du Rêve que les communautés Pintupi célèbrent de manière privilégiée ( Cf. “Danser sur une carte” de Perrot Antoine, Potte-Bonneville Mathieu, in Vacarme 2/2007 (n° 39) , p. 14-24).

Les représentations de Baptiste Tavernier nous conduisent aussi sur des chemins parcourus, ou à parcourir, dans le «Temps du Rêve ». Ses tracés qu’il conçoit comme un « art du labyrinthe », se déploient en forme de « pistes » qui structurent des territoires imaginaires. L’artiste connaît l’étendue et les limites de ses zones de l’inconscient où l’on se perd aussi inévitablement que dans le palais mythique de la Grèce antique, zones qu’il pénètre, traverse, défie et qu’il pense nécessaire de partager avec la communauté, tout en étudiant cet archétype parmi les plus mystérieux et les plus riches :

J’ai toujours été fasciné, dès mon plus jeune âge, par la complexité et l’élégance géométrique du labyrinthe. Je me passionne désormais pour son histoire et ses mythes religieux ou profanes.

L’énergie contenue dans les limites de l’espace des Labyrinthes de Baptiste Tavernier les distingue de toute autre représentation abstraite parce qu’elles semblent délimiter le cours des voies, comme des digues retiennent la force et le parcours aléatoire d’un fleuve. Tandis qu’il nous semble que se retourner ou revenir sus ses pas, dans un labyrinthe, serait se perdre irrémédiablement, Baptiste Tavernier offre un espace symbolique ou les spectateurs libres d’y circuler sont certains de ne pas s’y égarer. Il définit ainsi sa recherche :

L’art me permet d’explorer plus avant ses aspects esthétiques et picturaux. Bien entendu la faisabilité d’un labyrinthe reste un élément crucial ; même dans une oeuvre d’art, cette question est fondamentale : après tout, si un labyrinthe n’a pas de solution, alors ce n’est tout simplement pas un labyrinthe.

Ses paysages évoquent des cartes ou la platitude d’une vision envisagée avec le recul du surplomb. Nul enfermement, nul espace illusionniste, tridimensionnel.

 

Esthétiques japonaises

Ces lignes serpentines rappellent ou s’inspirent de coloris que l’on rencontre dans certains arts au Japon : l’aspect métallique de l’or, des rouges vermillon somptueux, les traits noirs, les mauves glycine sur fonds d’or, évoquent les peintures de l’époque historique japonaise des Xe et XIe siècles, considérée comme « l’époque classique » ou « l’âge d’or des arts ». Couleurs présentes encore dans ce que l’on définit comme « peinture japonaise » lorsqu’elle utilise les pigments naturels, l’azurite, les poudres de coquillages… Par ailleurs, lorsque Baptiste Tavernier intègre la toile au lieu des traditionnels papiers ou tissus japonais, le support japonais appelé kakejiku, ouvrage d’art intimement indissociable de la représentation qu’il porte, une calligraphie semble se dessiner, évoluant en un trait sans fin, m’invitant à penser les chemins de tous les métissages. On pourrait y voir les fastes d’un kimono aux couleurs superposées comme les tableaux de l’époque Heian les représentent. Époques et pratiques différentes, formes et symboles différents où des cultures et des visions s’entrecroisent, dans un angle de vue ample, tourné vers une représentation artistique sans frontières. Cet artiste aux multiples expressions, musicien, peintre, traducteur de littérature japonaise, résident quasi permanent au Japon, explore les chemins possibles où l’art peut se déployer et mêler formes, couleurs, ambiances et sonorités.

 

Vues du ciel

Depuis la première photographie aérienne de Nadar en 1858 jusqu’au survol virtuel de la terre que permettent certains logiciels dont tout simple utilisateur dispose, ou les images capturées par les sondes spatiales qui rendent compte de la complexité cosmique, à l’ère du numérique, nos habitudes visuelles se transforment pour être plus mobiles ou plus multidirectionnelles. En regardant les Labyrinthes de Baptiste Tavernier, je ne peux m’empêcher d’y voir des « représentations depuis l’espace » « vues du ciel » qui suscitent toujours en moi, cependant, un sentiment d’inquiétude. Cette forme de représentation a par ailleurs fait l’objet d’une étude inédite (Cf. Vues d’en haut, Metz, Centre Pompidou), qui fait aujourd’hui référence, qui analyse des notions telles que l’extension, la distanciation, la domination, la supervision, le basculement dans les représentations planes, notions que l’on pourrait envisager sous différents angles psychologiques pour analyser les codes de représentation dans la peinture de Baptiste Tavernier. Si la vision perspective et l’illusion tridimensionnelle firent du lieu d’où voit le peintre un « lieu invisible », dans le cas des peintures sans profondeur de Baptiste Tavernier, la construction de ses itinéraires, sans arrière plan, ni cadre, rappelle la démonstration de Meyer Schapiro d’une vision soumise à des habitudes variables lesquelles entraînent des pratiques artistiques et des codes tout autant variables d’une culture à une autre.

Dans notre culture, le fait d’isoler l’image dans des cadres homogènes, géométriques, eux-mêmes disposés au moment de leur représentation sur des murs lisses, le plus souvent de couleur et de surfaces uniformes, a pour but de faire reculer la surface du tableau et à creuser la vue, comme l’encadrement d’une fenêtre par laquelle on regarde un paysage ou l’encadrement de la scène de théâtre qui agrandit les éléments dans cet espace circonscrit.

 

Aller chercher loin

Au début de cette présentation, j’évoquais un propos que je me remémorai spontanément en voyant les tableaux de Baptiste Tavernier : détour des plus inattendus puisqu’il s’agit d’une remarque faite par la femme politique d’exception que fut Simone Veil. Mais n’est-ce pas sur des voies inhabituelles et inexplorées que nous entraînent les peintures de Baptiste Tavernier ? La femme qui eut un rôle politique majeur dans le pays qui voulait mettre l’imagination au pouvoir, disait qu’il fallait parfois « aller chercher très loin » le statut de femme libre. Cette pensée me semble toujours d’actualité en regradant les tableaux de Baptiste Tavernier. Les communautés humaines des fils, des filles, des étudiants, des fous, des exclus, des marginaux, des penseurs, où chacun recherche ce qui enrichit sa relation avec les autres, n’ont de cesse toujours d’imposer leur statut, de même que ces communautés Aborigènes d’Australie défendirent difficilement leurs droits à redevenir les acteurs de leur langue, de leur religion et de leur culture.

 

Cosmologie de Baptiste Tavernier

Toute image peut ainsi nous emmener très loin. Ainsi, tel de mes amis né dans une communauté pratiquant joyeusement et naturellement quatre langues différentes, comme cela est courant dans les régions frontalières ou aux confluences de migrations, retint deux de ces langues connues dans l’enfance, et, au fil de ses voyages, enracinements et déracinements successifs, en apprit deux nouvelles. Au gré de ses tours et détours, bercé par l’heureuse et musicale polyphonie ensemencée en lui, au rythme des langes qui vivaient en lui, il ne cessa de parler de peuples et de cultures différents et de les rapprocher à l’occasion, grâce à sa « sensibilité polymorphe » imprégnée depuis l’enfance.

Les symboliques courbes et plis peints par Baptiste Tavernier m’invitent à une illusion de fusion entre des cultures, des influences, des pratiques, que l’art a, je crois, le devoir de maintenir vivantes. Les compositions musicales de cet artiste, tout autant que ses tableaux peints, nous emmènent loin, comme pour fixer une errance bienfaisante, de la même façon que l’on fixe les rêves afin de sauvegarder la mémoire des territoires auxquels on souhaite s’identifier.

Sur quelles rives ces peintures m’ont-elles emmenée ? Vers une route où l’on a le sentiment qu’il faut aller devant soi, ne pas se retourner, comme si revenir sur ses pas menaçait de nous perdre.